Supprimer le ministère de l’Écologie ? Non !

Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie

Aujourd’hui je vais répondre à la question soulevée par l’article du site de l’Observatoire des subventions qui évoque la possibilité de supprimer le ministère de l’Écologie en se basant sur le 6e numéro du magazine Les Enquêtes du contribuable d’août septembre 2014 : « L’écologie, oui ! Les écolos, non ! ».

Il s’agit d’une opinion personnelle, elle vaut donc ce qu’elle vaut, n’hésitez pas à partager la vôtre !

Un ministère de l’Écologie, mais pourquoi ?

Pour commencer, comme le fait très bien le magazine, il convient de dissocier « les écolos » de « l’écologie » et donc de son ministère. Je vais donc m’attarder tout d’abord à exposer ma vision de l’utilité du ministère de l’Écologie.

La « vraie » mission du ministère de l’Écologie

J’ai mis « vraie » entre guillemets tout simplement car il ne s’agit que de « ma » définition de la mission d’un ministère de l’Écologie, ou plutôt de ce que j’estime devoir être sa mission car malheureusement, et déjà depuis 40 ans maintenant, le ministère de l’écologie et ses ancêtres se sont contentés de faire la transposition des réglementations européennes en droit français.

C’est le minimum.

Pourtant, les ambitions (ou prétentions pour les plus cyniques d’entre nous) des différents gouvernements et ministres qui se sont succédés est bien : l’amélioration de notre qualité de vie, la légation aux générations futures d’une planète la plus saine possible et surtout de développer la fameuse croissance verte.

En effet, il est indéniable que le développement durable et par extension, l’industrie verte censée engendrer la croissance verte, est une voie prometteuse pour nos économies industrialisées en termes d’emplois, de santé, de diminution et à terme, la fin de la dépendance aux énergies fossiles (pollution et économies à long terme), etc. Faire de la France un moteur dans l’innovation et l’exportation de technologies produisant, stockant et fonctionnant avec des énergies renouvelables, ainsi que celles réduisant les consommations en plus d’éduquer et normaliser les comportements individuels et collectifs sont ses vrais enjeux.

Et pourtant, nous sommes bien obligés de constater que ces dernières années ont plus tourné autour de feu notre ministère du Redressement productif qui mettait toute son énergie dans le maintien d’une industrie métallurgique en déclin depuis plus de 20 ans ou d’une production manufacturière plus basée sur le volume que la qualité et qui est donc à des années-lumières d’une compétitivité suffisante qui ferait que les consommateurs français achètent les produits des usines qu’ils souhaitent pourtant ardemment conserver. Cherchez l’erreur.

Est-ce le politique qui parade au battage des médias émoustillés par les mouvements sociaux ou bien le politique qui joue au super héros pour divertir les médias et surfer sur l’émotivité des français en tentant de sauver ce qui est économiquement voué à disparaitre ? Vraisemblablement, les deux me direz-vous. Il est toutefois certain que chercher, expliquer et développer une stratégie d’Etat viable à long terme, c’est moins glamour, plus compliqué et surtout beaucoup moins intéressant quand le réel enjeu derrière toute cette mascarade, celui de sauver sa place tous les 5 ans.

Oui mais voilà, visiblement le modèle ne fonctionne pas. Est ensuite venu la question : que ce fait-il ailleurs ?

Supprimer le ministère de l’Écologie, mais pour quel autre modèle ?

L’extrait relayé par l’article suggère que d’autres modèles existent et notamment les exemples espagnols et allemands.

Le modèle espagnol disperse les compétences du ministère de l’Écologie entre les ministères des secteurs impactés (agriculture, industrie, santé…). Cette solution est totalement pertinente et légitime selon moi uniquement si l’on considère que la seule mission d’un tel ministère serait la transposition de la réglementation européenne dans le droit national, mais pas pour une stratégie étatique. N’oubliez pas qu’on parle de l’arrêt du nucléaire qui représente 80% de notre énergie, sans pour autant le remplacer par du charbon, gaz ou pétrole et que le but n’est pas non plus de créer un ministère de l’énergie qui ne remettrait pas en question l’existence de celui de l’écologie…

Le modèle allemand fusionne l’économie et l’écologie ce qui reviendrait à la création d’un ministre délégué ou à un secrétaire d’état dédié à l’écologie à Bercy. Bien qu’attrayante, cette solution qui semble évidente pour l’Allemagne quand on connait son implication dans le développement des énergies renouvelables et la croissance verte en général, l’est beaucoup moins pour le contexte français. Pourquoi ?

Pourquoi ne pas faire comme les allemands ?

Alors bien sûr ni le passage d’un ministre à un ministre délégué ou un secrétaire d’état, ni la fixation du budget conjointe plutôt que séparé n’en sont pas les raisons. Quoique la perspective d’installer Michel Sapin, Arnaud Montebourg et Ségolène Royal sous le même toit, juste pour le spectacle, serait très tentant.

Tout simplement parce que nous ne sommes pas l’Allemagne et qu’il ne s’agit pas d’une préoccupation essentielle chez les français. La population allemande est beaucoup plus investit et surtout depuis longtemps:

  • Le retrait du nucléaire est décidé il y a 14 ans, en 2000, et ne devrait pas être total avant 2022.
  • Les verts représentent 10% du Bundestag avec 63 députés. Cela sans faire le yoyo comme leurs homologues français avec des scores à la Eva joly. Attention je fais le parallèle seulement dans leur proximité théorique, pas dans les combats et avancées de chacun.
  • Depuis tout ce temps, ils ont investi massivement dans la R&D du renouvelable.
  • Ils ont encore les moyens d’importer de l’énergie (dont la française) et d’envisager une transition énergétique rapide avec une balance commerciale équivalente à 9% de leur PIB. En 2013, -61.2 milliards € pour la France contre +198,9 milliards pour l’Allemagne soit 259 milliards d’écart, effarant !

Même si, même si, tout n’est pas parfait et ne constitue pas forcément un modèle à reproduire :

  • Le retrait rapide du nucléaire ne pouvant pas être compensé dans l’intervalle par le renouvelable, cela a induit un retour à des énergies produisant du gaz à effet de serre comme la combustion du charbon
  • La facture énergétique de l’Allemagne ne cesse de s’alourdir au point que certains analystes prédisent une bombe à retardement aussi bien pour les contribuables que pour la compétitivité des entreprises (lien en fin d’article). Cela contre balance pas mal l’argument de leur excédent commercial tout aussi énorme qu’il soit, il pourrait fondre comme la neige au soleil.

Pour résumer, contrairement à nous, ils ont déjà amorcé le mouvement et n’ont pas besoin d’une vitrine médiatique pour promouvoir le concept bien qu’il ne faille pas oublier que toutes les conséquences sur leur économie ne sont pas encore connues, il s’agit d’une tentative et non pas d’une réfénrence.

Ne serait-ce que pour l’exposition médiatique, il convient donc conserver le ministère de l’écologie.

Par ailleurs lorsque l’on a fait le constat de l’immobilisme français en matière d’écologie, il convient (en plus du maintien de son exposition médiatique) qu’il soit encadré et planifié, ainsi donc :

  • D’en affecter la responsabilité, sinon, ce sera tout le monde et personne à la fois.
  • De lui fixer des objectifs qui sont suivis

Avec tout cela, le succès n’est pas au rendez-vous. Mais sans structures et personnes clairement définis comme en responsabilité, cela ne risque pas d’avancer non plus.

L’écologie est déjà suffisamment inaudible auprès des français. La reléguer au rang d’un sous-ministère ne ferait que l’éloigner de l’univers médiatique et donc des intérêts de nos concitoyens (c’est triste mais c’est comme ça).

En somme, il suffirait que les politiques s’y intéressent dans une vision supérieure à 5 ans, que les médias traitent le sujet comme un réel enjeu et une porte de sortie face à la crise française, plutôt que de seulement s’intéresser à des cas particuliers d’usines en perdition, et enfin que l’écologie ne soit plus captive de l’idéologie.

Une écologie prise en otage

L’écologie française présente un autre handicap de poids et là, c’est vraiment le plus décourageant.

Elle constitue le pré-carré d’un seul groupe politique, s’estimant le seul légitime à parler du sujet et plus enclin à dégoûter les gens une bonne fois pour toutes de l’écologie.
On entend régulièrement les grands barons d’EELV parler de tout sauf d’écologie et lorsque cela arrive, le message est très mauvais. On en revient toujours à la même seule vision de l’écologie punitive dans laquelle il faut taxer, sanctionner, supprimer. C’est à se demander parfois si leur finalité n’est pas d’aliéner complètement le débat car en plus de cela si l’on veut être écolo il faut être de gauche (voir rouge) et avoir la taxonite aigüe.

Or, l’écologie devrait être l’apanage de tous les partis et ne devrait surtout pas être accolé à une orientation politique, car il s’agit avant tout d’une façon de penser et de considérer le sens que doivent prendre nos sociétés humaines.

C’est là que je rejoins le 6ème numéro du magazine Les Enquêtes du contribuable d’août/ septembre 2014 : « L’écologie, oui ! Les écolos, non ! ». Si vous voulez en savoir plus sur la filouterie et que ce n’est pas en votant écolo qu’on aide l’écologie, voici un article très intéressant : « Ecologie politique »… 30 ans après, les verts sont bien dans le fruit !

Mais aussi que ce n’est pas tout rose pour l’Allemagne : Allemagne : Berlin paie très cher l’abandon du nucléaire

 

Et vous, voyez-vous une sortie du tunnel ? Pensez-vous que le ministère devrait être fusionné, supprimé ou conservé ?